Recherche

miscellanees2015.online

Ne pas se laisser pétrifier par la neige qui tombe lentement chaque jour…

Catégorie

Vingt -Vingt

Oublier la mémoire… De la Commune

On dit que l’âge d’un homme c’est entre 80 et 90 ans environ; puis on enterre celui-ci, ou on le brûle puis on l’ oublie… La mémoire, c’est ça, ce petit exercice qui ne s’exerce plus. Ainsi la Commune…

Quoique… Je viens de découvrir qu’il en est, par chez moi, qui aiment à se rappeler avec persistance jusqu’à en faire un livret, qu’il y a 150 ans, gouvernait un monsieur Thiers Adolphe (que j’ai la tristesse immense de trouver dans ma généalogie) qui a sa rue dans ma commune:BOUC-BEL-AIR ( avec tirets s’il-vous-plaît depuis que l’a signé Fallières en 1907!)

Bref, Thiers né à Bouc, pas né à Bouc ( la différence, dites-moi?); et parler de lui juste cette année, quelle outrecuidance!

J’ai trouvé dans la cave de mon grand-père le prix du certificat d’études de celui-ci daté de 1902. Sérieux et tout, le bouquin avec l’estampille de l’Éducation Nationale ( vous remarquerez que je mets des majuscules car j’ai servi la grande dame laïque plus de 40 ans); le livre s’intitule Paris sous les obus. 17 septembre 1870-3 mars 1871, d’un certain A.J Dalsème, daté du 1er mars 1898. Tout frais en somme, 27 ans après la commune et relatant des faits qui se sont déroulés juste 17 jours avant la Commune de Paris= intéressant, cet éclairage sur les tergiversations pour une armistice que la Commune ne pardonnera pas!

La Commune de Paris, commencée un 18 mars, fut génératrice de tant de choses bonnes, la laïcité, les lois d’égalité, le féminisme… Elle fut écrasée( on veut l’ignorer ou quoi?) fin mai1871, par le président de la république, Adolphe Thiers, qui envoya la troupe; rien que ça, le sang versé . Ça s’oublie des choses pareilles? Adolphe Thiers, il mérite un livre?

(Extrait du Télérama ci-dessous.)

C’est cela la mémoire. Perso, rien à faire que le sieur Thiers soit né dans mon village. La gloriole, pas mon truc; le respect de l’homme, oui! Mais sûrement pas de celui -là!

Dans notre France , on passe son temps à occulter l’évidence. Il y a de ces détails énormes de l’histoire qui restent en travers du souvenir, comme ces garces d’arêtes de rascasse, dans la gorge… Je ramone, moi?

Une voix…

Un 28 mars, comme celui qui vient, une femme s’est acheminée vers la rivière en crue, des pierres plein les poches. C’était il ya 80 ans, Virginia Woolf. Elle avait 59 ans.

Une oeuvre qui se lit toute une vie, comme celle de Proust; à petites gorgées.

La dame était singulière , atteinte de démons variés et agressée par la bi-polarité. On la perçoit bourgeoise, éthérée, mais, alors, c’est qu’on n’a pas lu ses livres. La traversée des apparences, une pièce à soi, Mrs Dalloway, la promenade au phare…et tant d’autres. Qui disent sa colère sur l’inégalité ou sur la guerre qui est là avec le Blitz.

Née en 1882 dans une Angleterre rigide ( règne de la reine Victoria), elle est touchée par les morts successives qui la déstabilisent jeune, la mère , le père, la soeur, le frère… La mort la hante. Il y a aussi ce que l’on sait dire aujourd’hui, l’atteinte dans son corps de 7 ans portée par un plus grand de la famille… Et ce sentiment de dualité permanent… Homme, femme, les deux.

Une oeuvre ouvragée aux mots justes, à la poésie sûre, à l’ampleur qui ne laisse jamais indifférent. Relire Virginia Woolf, c’est revisiter l’histoire d’une Angleterre pas si lointaine dans le temps et dans l’espace.

Une grande, assurément que je relis avec un plaisir à deux têtes; celle qui me renvoie aux études, celle qui, par le souvenir des mots, me fait déguster une gourmandise.

Ils s’en vont, quittent la route; leurs chaussures sont usées…

Ils étaient nos aînés, ceux qui partaient et puis il y en a eu de moins âgés; aujourd’hui ils sont de notre âge, ceux qui s’en vont. Ils n’ont rien dit, pourquoi l’auraient-ils fait; vous le criez sur les toits, vous quand vous êtes malades? On cherche un coin calme pour s’habituer au minuscule; je ne dis pas petitesse, le mot est réservé à d’autres qui ont toujours été petits et le sont encore même s’ils ne courent plus les rues en ce moment de grande viralité; au minuscule, la fin de vie, quoi. Longue introduction pour penser à eux avec tendresse… À Georges Pernoud qui m’a fait connaître St Kilda, là-haut, très-haut, une île qui vit dans un de mes livres. Pernoud et son sourire clair, de ces sourires qui nous font penser que le bonheur, c’est tous les jours. Et puis hier, Jean-Pierre Bacri; paf! À sa dégaine, à son dégoût affirmé pour les choses pesantes et inutiles et pour l’imbécillité ambiante, on pensait qu’il durerait toujours, comme ça à nous dire de ne plus supporter les insupportables… il n’y a pas si longtemps, c’était Anne Sylvestre qui s’en allait- le mot est joli qui confond la mort avec une balade… Anne qui voyait tout avant nous… Si on l’avait connue jeune, on l’aurait placée dans nos dissert’ tellement son jugement était juste et son amour immense… Brasseur aussi au sourire rusé et à la voix usée… Tous ces maîtres de la dérision qui ont semé leurs cailloux de Poucet sur le petit chemin qui est le nôtre.

Gens que je n’ai caressés que de loin mais qui s’étaient plantés un matin devant ma table, je vous ai aimés… vraiment…

Mesure…

Il s’était dilaté dans la clôture de cette année-là.

À Complies, le temps redevenait égal, comme rassuré. Je me souviens qu’il y avait alors, toutes les petites heures, de celles qui semblent s’éterniser, dès Laudes*; quand pointe la nouvelle journée, quelque-chose nous dit qu’on est en vie, encore un peu… Et qu’il reste une suite d’heures, longue, très longue; un jour entier de celles-là, où l’on va s’attarder sur une tâche, sachant qu’il faudra la faire durer.

Nous dit aussi qu’on l’on s’attellera ensuite à l’occupation qui viendra après la précédente, plus minutieuse encore, où l’herbe du cloître devra être coupée lentement, parfaitement et d’égale hauteur partout…

Nous dit encore que la marche nécessaire s’emboîtera dans la dernière activité. Le corps devra se raisonner et s’astreindre à goûter la mesure des moments minuscules et des efforts qui y sont contenus, la promenade nue, l’absence de parole…

Puis arrivera la frugalité du repas dans le silence du petit réfectoire réservé à la retraite. Une respiration recommencée le lendemain et les autres demain qui suivront, la paix tumultueuse des heures du jour et de celles de la nuit. De la terre et du ciel qui la recouvre.

Avec toujours cette conscience lancinante de l’amplitude de notre temps humain, compté, qui se distille en pauses de confinement nécessaires. Qui vont durer.

  • Laudes et Complies: Prières qui se disent au lever du jour. et à la fin de la journée dans l’espace conventuel.

Mesure… (Confinement)
Livre: Retour en terre sèche. Élisabeth Groelly. Éditions Murmure des soirs.2015

Article mis en avant

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :