Drôles d’oiseaux…Hier c’était Agnès Blasquez, aujourd’hui Élisabeth…

Pour qui ne l’a jamais vu ou à peine entendu, quand il s’est posé, le passereau au rictus qui tombe, n’est qu’un volatile parmi les autres ; pourtant, la bête, de bonnes proportions, que l’on frôle ici n’est pas celle que l’on croit puisque justement, on ne le connaît pas, l’oiseau. Libéré des contraintes du Créateur qui l’a fait fragile un jour, il nous salue, révérencieux et finalement solide, remerciant   l’homme qui l’a sculpté oiseau de scène, le geai.

Il a appartenu de près à Pierre* qui l’a pensé, conçu, modelé, limé, coloré et surtout caressé de ses gestes acharnés, mais doux de sculpteur. Un temps…

Puis le moment est venu où l’oiseau fut là. Tête baissée, bec actif sur lit de glands, préparant l’avenir. Quand exactement l’un a lâché l’autre et le second quitté le premier ?

Ou bien encore, lequel en a eu assez de dominer ou d’être dominé ? Lequel ?…

Le geai se moque bien désormais, qu’il soit de chair ou de fer, de ce qui passe par notre tête d’homme. Il a sa vie à lui, faite de solitude, d’observation, d’écoute fine. Pas un instant, il ne fera attention à la main de l’autre, car l’oiseau des chênes est indépendant. Le Créateur aussi. Non ! Plus celui d’en haut. Celui-là, on le connaît si peu…Non, c’est de l’autre, du sculpteur dont on parle. C’est lui qui a eu envie de lui accorder cette belle indifférence mais de lui faire baisser dans le même temps le toupet de sa huppe arrogante, de le réduire à sa seule pitance du sol, de l’étiqueter GEAI DES CHÊNES. Ad vitam aeternam. L’oiseau s’en moque désormais et l’artiste est déjà passé à autre chose.

Liberté de l’un à privilégier le volatile le temps de la création ; liberté de l’autre de s’en détacher et de faire rêver désormais celui qui le regardera…

Celui-là pensera au geai du jardin de l’été, à son cri de colère lancinant et rauque, mais aussi à ses fantaisies d’imitateur ; car il sait écouter, le geai ; se moquer même, en reproduisant, plutôt bien d’ailleurs, les voix de la forêt.

L’observateur se souviendra du vieil Elzéard de Giono, l’homme qui plantait des arbres, car, comme lui, l’oiseau récolte, cache, thésaurise, engrange, puis plante. Des centaines et des centaines de glands qu’il enfouit partout, pour prévoir. Quand il les prend et les transporte dans son goître, il les prépare, déjà goulu, puis les dépose. Il se fait bâtisseur ensuite, balisant les lieux de cailloux et d’autant de signes de reconnaissance pour le futur qui vient. Dans l’indépendance la plus osée, au nez de l’autre qui l’observe encore un peu, le temps compté qui est le sien.

Le passant vient vers lui, vérifier que Pierre, l’homme qui le fit, a bien soigné sa moustache noire, le bleu des rémiges, le duvet rose-joues de petite fille qu’il arbore au-dessus et cache au dessous. Liberté surveillée du sculpteur, l’espace de sa création.

L’artiste est homme, sérieux un temps, puis voletant à son tour vers d’autres créatures, diverses créations…

Les deux s’ignoreront, puis ils se rencontreront à nouveau, contents en somme de s’être connus.

Riches du chemin fait ensemble. Celui de la création. De l’échange.

  • Pierre Cappuccio, le sculpteur d’oiseaux